Dynamiques Professionnelles d'Artistes

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Entretien avec Evelyne Panato du 1er mars 2007 réalisé par Christian TUBEUF /  Dynamiques Professionnelles d’Artistes 06 30 50 50 58
 
Evelyne Panato, directrice
Maison du Geste et de l’Image
Des Territoires en direct !

N’avez-vous pas toujours été acteurs de la médiation culturelle ?
Notre expertise, c'est d'être capables, sur le territoire parisien ou infra-parisien, de mettre en relation le monde de l'éducation nationale, le monde des jeunes scolarisés et le monde artistique. On pourrait nommer cela agir en médiation culturelle. Mais au delà de cette mise en relation nous mettons en œuvre des actions artistiques et culturelles très significatives.
Depuis sa création en 1983, la MGI s'est positionnée en lieu ressources pour créer des passerelles entre les enseignements et les domaines de la créativité. A côté des enseignements habituels de dessin ou d'éducation musicale, nous avons commencé en initiant avec des artistes des ateliers artistiques dans des classes entières. Les enseignants, souvent des profs de lettres, nous ont suivis et ce n’était donc pas a priori leur matière.

Une pédagogie complémentaire, alors ?
Les profs se sont vite aperçu qu'en introduisant la dimension artistique à travers des ateliers de théâtre, on créait la distance nécessaire pour changer le rapport à la langue des élèves. Mais l'impact pédagogique ne s'arrête pas là. Valoriser les compétences individuelles à travers un atelier artistique, c'est contribuer à faire échec à l'échec scolaire. Dès 1983, nous avons intégré dans nos fondamentaux pédagogiques qu'il fallait concevoir nos interventions pour favoriser une capacité critique par rapport à l'emprise des images. Nous avons de cette manière développé une éducation à l’image dès la création de l’association.

Pourriez-vous illustrer cette nécessité de capacité critique ?
Quand à travers un atelier vidéo, on décortique la grammaire et la syntaxe des images, les profs de lettres peuvent opérer un parallélisme et ensuite orienter la compréhension de leurs élèves pour leurs propres enseignements.
J'ai toujours plaisir à évoquer ce groupe qui travaillait sur Andreï Tarkovski, un cinéaste assez difficile à comprendre. Les élèves n'avaient pas tellement envie de travailler sur son cinéma. L'équipe pédagogique a relevé le défi en leur diffusant les films et en leur proposant d'expliciter pourquoi ils n'aimaient pas. Le groupe, constitué de 9 élèves au démarrage et 28 à la fin, a vu, critiqué et littéralement démoli tous les films de Tarkovski. Suite à quoi, les élèves ont réalisé une vidéo à la manière de Tarkovski. C’était incroyable, ils étaient eux mêmes surpris… Ils s'étaient approprié le code et étaient devenus des « spécialistes » de Tarkovski. L'atelier avait atteint ses objectifs d'améliorer leur approche sensible des œuvres.

Que faire aujourd’hui ?
On assiste actuellement à la conjonction de deux obligations. D'une part, dans leurs cahiers des charges et avec certains financements publics, les structures culturelles sont contraintes de mettre en œuvre une politique de renouvellement des publics. D'autre part, la LOLF oblige chaque établissement, tout en préservant son autonomie, à mettre en œuvre un volet artistique et culturel dans son projet d’établissement.
Notre expérience nous permet de nous mettre au service des différentes parties prenantes pour réaliser cet enjeu.
 


C’est donc ainsi qu’est né « Territoire en direct » ?
Le projet "Territoires en direct" est parti de l'idée de travailler davantage avec les mairies et de contribuer à une mise en réseau de structures culturelles et d’établissements scolaires à l'échelle d'un territoire. L'expérimentation de « Territoires en direct » est centrée sur le 19ème arrondissement en essayant d’amoindrir l'effet de ceinture du périphérique par une extension à des structures de communes limitrophes. Nous souhaitions poser la question : « Est-ce le territoire qui définit le projet culturel ou le projet culturel qui permet de percevoir le territoire différemment ? »
En amont, avec le directeur du Théâtre Paris Villette, assez habitué à conduire des actions culturelles, nous avons sollicité dans le 19ème l'Atelier du Plateau et l’Antenne Le Plateau du Frac, puis le Ciné 104 à Pantin, Lilas en Scène aux Lilas et enfin les Laboratoires d'Aubervilliers. La médiation culturelle devenait une manière nouvelle de lire le territoire.
L’un des objectifs était que les jeunes puissent repérer au moins trois de ces structures proches de chez eux, souvent inconnues, parfois axées sur les cultures émergentes, parfois plus classiques.
Ces structures culturelles ont été conviées à travailler avec nous à la préparation du projet et nous avons eu la chance de pouvoir associer dès le début Joël Houzet et Sylviane Forestier. Ces deux élus du 19ème, l’un adjoint à la culture, l’autre aux affaires scolaires, ont immédiatement été parties prenantes d'un tel projet en lançant l'invitation officielle de la mairie du 19ème à l'adresse des chefs d'établissement et des enseignants. Je crois qu’au regard d'inerties actuelles du milieu, ce fut un beau succès. En effet, 18 établissements sur 19 sont venus. Il y avait près d'un chef d'établissement sur 2, des documentalistes, des conseillers principaux d'éducation, les profs concernés et motivés.
On s'est mis d'accord sur les buts et les actions pour atteindre ces buts. Le but commun dans la durée, c’était de structurer dans le temps les partenariats locaux entre structures et enseignants pour mener de telles actions.

 
Quels en sont les premiers effets de médiation culturelle ?
Certes, cela est encore un peu frais, mais c'est très intéressant. Par exemple, à l'EREA (Étab. Régional d'Enseignement Adapté), nous avons pu entreprendre une action de médiation culturelle avec une classe en jonction avec l'Atelier du Plateau autour d'une troupe professionnelle, Mabel Octobre qui préparait en résidence à la MGI son spectacle, « Qui a tué Ibrahim Akef ? »
Les élèves sont venus à la MGI pour voir les répétitions. Le spectacle concerne l'histoire d'un chorégraphe de danses orientales. Un élève s'est un peu insurgé : « Mais pourquoi vous n'arrêtez pas d'arrêter ? ». Ils auraient peut être souhaité voir le spectacle. L'équipe d'encadrement a saisi cette occasion pour expliquer que répéter un spectacle, c'est précisément travailler plusieurs fois un détail. Ainsi les élèves ont pu se rendre compte de ce qu'ils auraient à faire pour réaliser leur propre spectacle. Mais dans de bonnes conditions puisque par ailleurs les professionnels de la troupe Mabel Octobre travaillent avec eux en atelier théâtre.
Un deuxième exemple de "Territoire en direct" concerne les élèves du Lycée professionnel Jean Lurçat. L'un des demi-groupes, avait pour objectif de réaliser un montage vidéo sur le fait d'être spectateur. Le thème était donc : Comment vous comportez vous au cinéma ou à une exposition ? Sur ce thème d'un regard décentré, un demi-groupe filmait les réactions des élèves en visite de l'exposition temporaire du Frac de la rue du Plateau. Ils étaient en tension devant les œuvres. Cela se voyait clairement dans les postures corporelles. L'un des jeunes s'est particulièrement pris au jeu, alors qu'au début, il restait assez extérieur. Il a apparemment découvert un univers. Et il est devenu ensuite le leader pour la restitution de ce qui avait été vécu. Nous avons été très troublés avec Xavier Francheschi, le directeur du FRAC Ile de France, par la réalisation vidéo et par la manière intense dont ils s'étaient approprié le lieu et les œuvres.

Avec « Territoire en direct », avez-vous pu expérimenter hors temps scolaire ?
Avec le collège Méliès, ce fut avant tout une autre manière de faire comprendre qu'il y a un lien entre la pratique artistique et l’observation du travail des artistes professionnels. Les élèves avec les profs d'EPS du collège avaient été mis en relation avec la Compagnie des Hommes penchés de Christophe Huysman. Il s'agissait d'une découverte des arts du cirque. Sur le temps scolaire, les élèves devaient s'initier à la pratique le matin, visiter le théâtre de Paris Villette, puis assister aux répétitions de la Compagnie l’après-midi. D'un bout à l'autre, on a entendu les mouches voler. Ils s'étaient essayé aux baudriers, aux arceaux et à d'autres agrès le matin, ils avaient adoré, et ils étaient de plus en plus concentrés. Mais c'est dans l'après-midi, lors des répétitions du spectacle, qu'ils ont saisi le travail des artistes grâce à leur expérience du matin. Après quoi, on va essayer de sélectionner 12 à 15 jeunes, motivés, qui seront bientôt accueillis par la Compagnie, hors temps scolaire, pour approfondir ces premiers apprentissages. L’articulation du temps scolaire et hors temps scolaire est aussi l’un des objectifs du projet.

Y aura-t-il d’autres « Territoires en direct » ?
Si la MGI a acquis une certaine expertise dans la conduite de telles actions de médiation culturelle, c’est pour la mettre au service d’expériences novatrices et pour la transmettre à des relais. Il existe de véritables enjeux éducatifs et sociaux sur les territoires parisiens et périphériques. L’équipe de la MGI est prête à y faire face.


Maison du Geste et de l’image
T. 01 42 36 33 52
42, rue Saint Denis 75001 Paris
info@mgi-paris.org

 

 

 

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