Dynamiques Professionnelles d'Artistes

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Entretien du 20 février 2007 réalisé par Christian TUBEUF  / Dynamiques Professionnelles d’Artistes / 06 30 50 50 58
 
Entretien avec Nathalie Martinez
Nathalie Martinez et Nicolas Herviais sont directeurs associés de La Reine Blanche
Pas seulement un modèle économique pour le théâtre…


La Reine Blanche, c’est déjà une longue histoire ?
En 2005, la Reine Blanche s’est installée passage Ruelle et nous occupons l’ensemble de l’édifice. Mais la Reine Blanche, c’est l’histoire de la consolidation d’un projet sur 10 ans. En 1996, nous avons créé la Reine Blanche autour de l’organisation d’un festival de théâtre indépendant où Nicolas et moi nous sommes rencontrés. Le théâtre Traversière avait accueilli le festival. Suite au succès de cette manifestation, j’ai assuré la direction artistique de ce théâtre pendant deux ans et demi, tout en maintenant pour la Reine Blanche notre activité autour de l’évènementiel. En Juillet 2000, avec Nicolas Herviais, nous nous sommes installés, grâce à un bail précaire, dans les Messageries de la ZAC Pajol. Nous disposions seulement d’une salle de répétition et de deux bureaux.
Le bail précaire arrivant à son terme en 2004, ce fut l’occasion de réfléchir pour la deuxième fois à notre développement. Nous avons alors conçu de passer à une phase supérieure, en particulier en créant une salle de spectacle. C’était devenu un manque pour avancer dans notre activité de créations sur le quartier.
 
 
Comment s’est fait le premier démarrage à la ZAC Pajol ?
En 2000, nous étions repartis de zéro, zéro, zéro,… Il nous avait fallu recréer une activité d’enseignement pour les enfants. On avait remis en place une activité de création de spectacles. Et tout de suite, nous avions décidé de mutualiser avec d’autres l’espace afin de le rendre en lui-même plus productif du point de vue économique. Notre activité de création d’évènements était faible, nous avions réfléchi à la développer. Ces différentes activités, faibles en 2001, se sont consolidées au fil du temps.
La consolidation, c’était aussi l’ancrage dans ce quartier. Des habitants alentour, très intrigués par ce qui se passait aux Messageries, sont venus nous voir et nous ont demandé si des adolescents pouvaient venir faire du théâtre chez nous. Nous leur avons ouvert nos portes. L’ouverture sur le quartier, c’est le vrai moment fondateur de nos actions actuelles de médiation culturelle.

Louer, enseigner, créer des spectacles, faire des contrats avec des entreprises, et organiser des actions locales de médiation culturelle sont des activités de nature différente. Pourquoi maintenir l’ensemble dans le cadre associatif ?
La direction de l’ensemble tient sur deux têtes celle de Nicolas Herviais et la mienne. Nous avions besoin de cohérence et de pouvoir mobiliser toutes nos compétences générales. Dans sa gestion, notre association est devenue proche d’une entreprise. Mais, il n’y pas d’actionnaires et le résultat est redistribué dans les salaires ou réinvesti. La dimension sociale est importante. Nous mesurons le risque pour chaque activité, sinon nous ne faisons pas. Le cadre associatif nous convient donc parfaitement, mais nous avons fortement le sentiment de gérer une entreprise. D’ailleurs nous nous reconnaissons dans cette idée que les artistes se doivent d’entreprendre.

Le choix d’un modèle économique n’implique-il pas de choisir parallèlement un modèle social ?
Je ne pense pas que nous ayons inventé un modèle social, nous essayons simplement de participer, grâce aux outils que nous avons, à l’amélioration de la vie du quartier ou nous travaillons. Pour nous il n’y pas vraiment de frontières entre social et culturel, nous sommes des artistes, nous travaillons et nous allons à la rencontre du public quelqu’il soit.
La multi-activité, nous l’avons organisée en développant nos différents niveaux d’activité et la mutualisation de nos moyens d’organisation. Cela nous permet de sécuriser les emplois et de consolider les parcours professionnels. La multi-activité s’impose aussi par l’absence de subvention. Néanmoins, loin de nous pénaliser nous la vivons comme un moteur.

Comment marier le développement et la prise de risques ?
Nous avons toujours été très prudents dans le développement de notre structure. Par exemple, nous avons signé le bail à la ZAC Pajol après nous être assurés que nous pourrions sous-louer une partie des locaux autour de certains créneaux horaires et qu’ainsi nous pourrions payer la moitié du loyer global. Nous avons cependant dû emprunter pour payer nos premières parts de loyer.
Cette expérience nous a permis de faire la même chose en arrivant dans nos actuels nouveaux locaux. On a estimé le nombre de m2 de bureaux et d’espaces de travail à sous-louer pour minimiser nos charges d’activités. C’est ainsi qu’est née notre petite pépinière d’associations et d’activités au premier étage du bâtiment.

Les investissements réalisés ici ne dépassaient-ils pas votre capacité d’autofinancement ?
L’installation actuelle a clairement représenté un saut qualitatif et un saut quantitatif. Le projet semblait fou. C’était très difficile de finaliser le plan de financement, les investissements à réaliser nous semblaient hors de portée. Mais nous avons rencontré des interlocuteurs fabuleux dans notre recherche de mécénat, je pense en particulier à Vinci, Véolia ou Mac Do sans qui nous n’aurions jamais pu démarrer. J’ajoute que les institutions publiques nous ont suivis avec enthousiasme. Je crois que notre manière d’envisager ces risques et notre habitude de réfléchir le développement étape par étape leur a plu. Ils ont compris que nous avions à notre actif de bonnes fondations et une capacité à développer nos activités. Ils ont été passionnés par notre ancrage sur le quartier et pas le travail réalisé en matière de médiation culturelle. Je crois que nous avons été simples et clairs dans notre manière d’expliquer nos besoins et aussi nos passions. Il est possible qu’ils se soient identifiés à notre pragmatisme, à notre volonté de rigueur et à notre souci constant du financement mesuré du projet.

Qu’est devenue votre propre activité artistique ?
Nous gérons et développons au quotidien, c’est très chronophage. Cela ne nous empêche pas de continuer notre œuvre de créateurs. En ce moment, Nicolas Herviais travaille aux répétitions d’un nouveau spectacle, « Renaissance » et de mon côté, je crée un spectacle évènementiel pour une entreprise, ce que j’adore faire. Après quoi, je passerai à la réalisation d’un film. Notre vie créatrice est intense et certes parfois, il nous manque du temps.
Mais nous ressentons par ailleurs un plaisir fou quand nous accueillons dans notre salle de spectacle un habitant qui vient chanter avec sa troupe de théâtre amateur. Idem, quand, à l’issue d’un spectacle, nous avons le sentiment d’avoir apporté du plaisir et du bien-être aux habitants du quartier.


La Reine Blanche
2 bis, passage Ruelle 75018 Paris
Tél : 01 42 05 47 31
reineblanche@free.fr  
www.reineblanche.com